J’ai eu une passionnante conversation.
- Tu sais pourquoi tu n’arrives pas à vendre autant que Harry Potter ? m’a t on demandé.
Moi
- Euuuh non ?
- Parce que quand les gens ouvrent ton livre, ils pensent tomber sur un truc assez simple et ils tombent sur du James Joyce.
Moi, les yeux écarquillés.
- Euh, oui, je suis super flattée d’être comparée à ce monument de la littérature qu’est James Joyce, m’enfin je ne vois pas bien le rapport.
- Un homme est blessé, il souffre, il va mourir, comment tu décris la scène ?
Moi, en pleine imagination créatrice :
- La douleur était comme un feu blanc dans son esprit. Jamais il n’aurait pu imaginer qu’on pouvait rester conscient en souffrant autant. Elle le rongeait comme un animal vivant, grignotant ses entrailles, s’enfouissant plus profondément, encore et encore. L’épée s’était taillée un chemin dans son ventre, acier glacé dans le brasier de son sang. Froid, il avait si froid. Et soif aussi, même si l’idée de boire le révulsait. On lui avait dit que lorsqu’on mourait, sa vie défilait devant ses yeux. Quelle vie ? Il était si jeune ! Il n’avait rien vécu. Jamais connu les lèvres douces d’une femme et ses bras accueillants. A peine éprouvé l’amitié virile des autres guerriers mais jamais leur reconnaissance de son fiévreux talent.
Avec son sang, lac vermeil qui s’étendait encore et encore, sa vie le quittait. Bientôt sa nuque blonde ployait en arrière, si lourde, trop lourde et le sommeil s’emparait de lui. Sa dernière vision fut celle d’un noir corbeau qui le guettait, patient, sur une branche dénudée par le froid de l’hiver. Sa dernière pensée fut qu’au moins, en ce jour terrible de bataille, quelqu’un serait content…et terminerait la journée le ventre plein.
- Bien bien, maintenant voici ce qu’un auteur simple aurait écrit : L’homme avait mal. Il était blessé. Il mourut.
Moi, la bouche ouverte de stupéfaction :
- Mais…mais ça ne décrit rien !
- Mais c’est exactement cela. Pourquoi les gens qui ne connaissaient pas Tara Duncan et ont commencé par le tome 6 ont ils écrit sur Fnac et sur Amazon que ton écriture était confuse, et que ton livre était mauvais ? Ni pour la première raison, ni pour la seconde, parce que tu as une belle écriture et que ton livre est bon. Mais ton style est compliqué. Il est impossible de rentrer dans l’histoire sans accomplir un véritable travail intellectuel. Or les gens sont paresseux. Tous ceux qui lisent Tara Duncan sont de plutôt bons élèves, qui aiment lire, et qui plus est, qui aiment lire de gros livres compliqués. Ils sont peut être 100 000 en France et c’est donc le maximum de ce que tu pourras atteindre si tu ne te mets pas plus à la portée des autres. Regarde Stephenie Meyer. Une histoire simple, une fille tombe amoureuse d’un vampire. Objectivement il ne se passe pas des masses de trucs pendant des pages et des pages, mais elle a déjà vendu dix fois plus que toi.
Moi, complétement désespérée :
- Je vais me jeter tout de suite par ta fenêtre, parce que je suis incapable de modifier l’histoire de Tara Duncan.
- Un livre est bon lorsqu’il y a un début, un milieu et une fin, et non pas une succession d’histoires et de missions qui sautent d’action en action, avec trois mille personnages ayant tous des noms impossibles.
Moi, au bord de la depression
- Ah la la, vous les lecteurs, vous êtes terribles !
Depuis, évidemment, je suis terrassée, démoralisée, vaincue. A cause de ma trop grande imagination, je suis un auteur maud…euh…un auteur confidentiel. Parce que, bien évidemment c’est vrai. J’ai relu les Tara et cela me parait clair. C’est compliqué, il y a des centaines de personnages, de lieux, de plantes, d’animaux, de situations. Ce livre ne peut tout simplement pas être lu par tout le monde.
Pourquoi, me direz vous, je vous révèle tout ça, chers fans de Tara ? Qui tels que je vous connais, allez protester vigoureusement en disant que vous aimez Tara Duncan telle qu’elle est, parce que vous êtes de vrais fans et que je vous adore.
Et bien c’est pour vous montrer à quel point il est difficile d’être un auteur. Vous me connaissez toujours joyeuse, pétillante et prête à rire avec vous de tout et de n’importe quoi. Mais, comme tout le monde, j’ai des failles, des moments de doute, de douleur et d’angoisse. C’est ridicule, mais je suis en train de sangloter depuis trois jours, même si, hier, au Salon du livre de Montreuil j’ai passé un excellent moment avec tous les lecteurs venus faire dédicacer leurs livres, si nombreux que j’ai du étendre la dédicace d’une heure supplémentaire. Sangloter pour un livre ! Quelle pathétique réaction, j’ai honte de moi, mais c’est impossible à réprimer.
C’est terrible, parce que vous pensez que vous avez du succès, les gens vous envient parce que vous êtes connue, vous passez à la télé, mais la réalité est tout autre.
Vous n’avez pas le choix.
Ou vous avez du succès, ou vous mourez. D’accord, pas dans le sang avec une épée dans les entrailles, ce qui est un peu excessif, mais du moins, vous mourez parce que les êtres humains sont ainsi faits. Il faut faire toujours mieux, toujours plus.
Car tout se réduit à cela. Plus vous vendez de livres, plus vous êtes connu, plus vous vendez de livres. Un cercle vertueux.
Sauf que je suis tellement habitée par mon monde et mes personnages qu’en dépit du nouveau scénario sur lequel je suis en train de travailler à partir de l’ancien, je me sens…perdue, dépossédée, meurtrie.
Je ne sais pas encore ce que je vais faire. Arréter d’écrire ?
C’est ma vie, c’est mon sang, c’est ce qui me garde debout, avec l’amour de mon mari et de mes enfants. Mon Dieu, j’en suis incapable !
Allez, je vais cesser de me plaindre, il y a des gens bien plus malheureux que moi, beaucoup de misère, des SDF qui meurent dans le froid et l’indifférence, à côté de cet océan de douleur, je n’ai que de petits problèmes.
Mais ce sont les miens, à moi de trouver comment les régler.
Je vous aime Fans de Tara.