J’étais tranquillement en train de manger une prune, bien juteuse, lorsque Marine (qui, pour ceux qui n’ont pas suivi, a 16 ans depuis le mois de Juin) arrive dans la cuisine, s’assied sur une chaise et me demande :
- Dis maman, tu ressens quoi quand il t’embrasse papa ?
J’ai avalé de travers, j’ai recraché mon bout de prune et le jus a coulé partout. Imperturbable, ma fille m’a tapé dans le dos, essuyé le menton et a tendu la main vers le téléphone pour appeler le Samu au cas où je tomberai dans les pommes…ou les prunes au choix. Les yeux écarquillés, à moitié étranglée, j’ai articulé un "quoi, quoi ?" tout à fait inélégant, digne d’une grenouille affligée d’un bégaiement au stade final.
C’est là que mes neurones se sont reconnectés et que j’ai appliqué la fameuse recette de Freud qui préconise, lorsqu’ on est dans la m…. mais bien profond, de répondre par une question à une question.
- Euh, pourquoi tu me demandes ça ?
Elle m’a regardé d’un air légèrement méprisant genre "à ton avis ?", j’ai donc remballé ma question et je lui ai répondu franchement.
- Ben c’est super agréable, d’une part parce que j’adore ton père ensuite parce qu’il embrasse super bien.
C’est là qu’a fusé la seconde question, pas plus facile.
- Ah ? Et comment tu sais qu’il embrasse bien, tu as comparé ?
Glurps. Si si, je vous jure, j’ai fait glurps. J’ai songé un instant à m’évanouir pour de bon, mais j’ai eu peur de lui faire peur. Allons, me suis-je dit, complétement paniquée, la solution n’est pas dans la fuite ! Toi courageuse, toi affronter ton destin.
- Euh, voui.
Son regard s’est accéré
- Ah ah ! a t elle fait. Donc tu as eu d’autres petits amis.
Moi (toute rouge et baissant de plus en plus le ton)
- Voui
Et rajoutant immédiatement
- Mais pas beaucoup ! (vous la voyez l’auréole au dessus de ma tête ? Et mes petites ailes qui font flop flop ? Comment ça vous voyez aussi les cornes et la fourche…pfffff !). Pourquoi tu voulais savoir ça ?
La ravissante a hoché la tête, puis a déclaré en se levant :
- J’ai eu plusieurs petits copains (ah bon ? contente moi d’être mise au courant…) dont certains que j’aimais vraiment beaucoup mais qui ne savaient pas du tout embrasser. Et d’autres que j’aimais moyen mais qui embrassaient super bien. Donc le bon sera celui que j’aimerai beaucoup et qui saura embrasser c’est ça ?
Là, je dois l’admettre, j’étais bouche bée, les yeux encore plus écarquillés, incapable d’articuler un mot. Elle est sortie, impériale et m’a achevée avec une dernière phrase.
- Mais ne t’inquiètes pas maman, je ne couche pas ! Et le jour où je me déciderai, je te préviendrai !
OUUUUUUUUUUUUUUUIIIIIIIIIIIIIINNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNN !